mémoire en friches

L’exposition photographique de Corinne Bertelot : « Mémoire en friches » propose des clichés en noir et blanc sur les Frigos, empreints d’un pur réalisme poétique. Pour un voyage dans le passé et la mémoire brute, urbaine et ferroviaire, de ce site historique et emblématique si particulier … L’ensemble de ces clichés vintage furent réalisés entre les années 89/96, à la grande époque considérée comme « l’Âge d’Or des Frigos ».

Les Entrepôts Frigorifiques de la SNCF (devenus in fine les « Frigos ») le Silo à Grains, l’annexe de Mitjaville, les Grands Moulins de Paris, la Halle aux Farines, l’usine d’air comprimé la Sudac, la rue Watt aux mille courts-métrages fauchés mais inspirés, propose une histoire photographique, une topologie mémorielle d’un quartier industriel, industrieux, pauvre, le « Quartier de la Gare », aux portes de la banlieue oubliée de l’Est parisien d’Ivry : Bref, la Zone avant la Ville !Avant le grand relookage urbanistique de « Seine Rive Gauche » avec la BNF en cheval de Troie et figure de proue, qui allait bouleverser, pour le meilleur et pour le pire, de ce quartier du 13ème… Toute une époque en voie de disparition, jusqu’à n’en plus garder, que quelques vestiges qui persistent et signent, comme des îlots d’un passé révolu …
C’était l’élégance aérienne de l’ancien Viaduc de Tolbiac, lançant ses structures métalliques ajourées au-dessus de la rue du même nom, avec la silhouette massive des Frigos en arrière-plan, impressionnant et vaguement sinistre sous ciel tourmenté, son « donjon » incongru (puis doré sur tranche !), ancien château d’eau fabriquant ses dix tonnes de glace par jour, pour un Paris encore sans réfrigérateur, les inénarrables bâtiments préfabriqués de Mitjaville, l’accueil de nuit d’Emmaüs, sa faune de marginaux, ferrailleurs, roms, clochards célestes (à l’époque, on les appelait comme ça, point de « SDF » comme cache-misère du politiquement correct), ses prolétaires du rail, ses artistes décalés en mal d’ailleurs et de locaux pas chers, de squat underground pour créer, faire la fête, et surtout, comme bon leur semblait …

C’était les rails à perte de vue, l’odeur du goudron des traverses de chemin de fer, les longs gémissements lugubres des freins des trains de marchandises, ponctués de temps à autres d’une corne de brume sortie tout droit d’une BD de Tardi ou d’un polar de Vautrin ; les grandes tablées amicales dans la cour, à la tombée du jour, où l’on dînait et buvait en bonne compagnie, en voyant le soleil couchant plonger derrière la ligne d’horizon (une rareté à Paris !), comme dans un western, tout ce no man’s land parfaitement improbable, anarchique, où la mixité n’était pas un programme politique mais une réalité sociale, où tout pouvait se passer : concerts et fêtes improvisées, piste de cirque équestre des Fratellini pour les 10 ans des Frigos (un millésime qui a marqué les mémoires), avec troupe de chevaux, as de la voltige, acrobates, cracheurs de feu, mais aussi, les bagarres, les traffics, les zones d’ombre et de lumière … C’était chaque printemps, l’éclat des abricotiers en fleur, quelques confitures urbaines, les sempiternelles errances canines (dont Clarinette dans les grandes mares d’eau de la cour), les luttes impitoyables pour la possession des territoires divers (dont le royaume enchanté et vétuste des Voûtes, un jardin en friche transformé finalement en paradis vert écolo), et toujours en toile de fond, la silhouette superbe à l’architecture altièredes Grands Moulins, ses toits encore recouverts de la farine résiduelle de son ancienne activité de minoterie, où le soir venu, les pigeons se posaient à la volée, pour leur banquet crépusculaire … Et tout autour, les voies de chemins de fer, encore les voies de chemins de fer, toujours les voie de chemins de fer, à l’infini, cotoyant l’Urbex en jachère et un street-art débridé et sauvage, entremêlées de niches de verdure à l’abandon, accueillant mauvaises herbes, furets, renards, chats, des milliers d’oiseaux et d’insectes, vivant ici leur vie libre, en compagnie des créateurs de tout poil, issus de la bohème contemporaine et de la marge artistique, à l’aise dans cette zone frontalière aux confins de l’urbanisation, comme des poissons dans l’eau trouble et unique des Frigos …

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